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Terres de Grèce V

En déchiffrant le paysage chypriote

juillet 2004, par Geneviève Monloubou

L’espace physique, géographique et humain de l’île de Chypre constitue la principale source d’inspiration du recueil Mains silencieuses d’Yves Bergeret. A travers l’étude du détail insignifiant et du paysage, par l’observation des gestes simples et quotidiens, le poète réinvente l’île et procède à une relecture de son passé et de son présent.
Le « héros » de cette poésie est l’homme simple, authentique qui porte en lui l’âme des siècles et l’identité diachronique de l’espace chypriote. Le corps de l’île est extrêmement humanisé, entre autres, par l’attribution de qualités humaines aux éléments constitutifs de l’espace. Ainsi les jarres, les bidons vides, les arbres, les pierres, les rivières, les rochers, les plantes, les constructions humaines, les montagnes, la mer et le ciel sont-ils individualisés avant de libérer une conscience profonde de l’identité chypriote. Le poète s’efface totalement devant cette multiple réalité, afin de laisser affleurer la voix de l’espace.
Les gestes sages et silencieux des personnages anonymes, les scènes de la vie quotidienne, les objets inutiles et délaissés constituent une source d’inspiration inépuisable. Le poète déchiffre la correspondance secrète de la réalité et du mythe chypriotes et bâtit sa dialectique sur l’opposition entre l’éphémère, le provisoire et la permanence millénaire de l’île. Cette vue globale de l’île, à la fois proche et distante, se reflète dans l’attitude morale : le poète ne juge jamais.

Yannis Ioannou