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Terres de Grèce V

Nicosie déchirée

juillet 2004, par Geneviève Monloubou

Le 4 mars dernier, à la librairie bordelaise La Machine à Lire, Patrick Landre, directeur du Centre culturel français de Nicosie a présenté une exposition de photos intitulée : « Le centre historique de Nicosie ».
A la demande du Centre culturel français, le photographe Stélios Skopélitis n’a pas hésité à flirter avec les dangers de la ligne verte nicosiote. De ses centaines de clichés, il en a exposé 54 à Bordeaux, puis à Paris.
Le centre historique de Nicosie est enserré dans une muraille circulaire construite par les Vénitiens au XVème siècle,les fameux « « Bastione » ». Les Ottomans s’y sont cassé les dents pendant plusieurs mois avant de passer au fil de l’épée les derniers défenseurs vénitiens. Pour entrer dans le vieux Nicosie, les populations disposaient de quatre portes, dont la plus connue aujourd’hui est la Porte de Famagouste, celle qui est en meilleur état.

Avec la colonisation britannique (1878- 1960), la ville est sortie des remparts. Aujourd’hui, le Nicosie « « à l’intérieur des murs » », représente moins de 20% de l’agglomération, sud et nord compris. Bref, Nicosie est longtemps restée une ville ouverte et les remparts ont été en partie détruits pour organiser les flux urbanistiques.

Mais la politique a changé cette donne. D’une ville avec un centre historique et une périphérie moderne, nous sommes passés à une ville coupée en deux, nord-sud. Ce partage fait fi de la ville historique et de la ville moderne. La cicatrice est devenue ethniquo-culturelle et non plus urbanistique.

Historiquement, les Chypriotes turcs vivaient au nord, les Chypriotes grecs au sud, et les Arméniens au milieu. En
l963, les premiers affrontements intercommunautaires de la République indépendante coupent la capitale en deux. Les Nicosiotes chypriotes turcs s’enclavent. Un mur de Berlin de vieux bidons et de sacs de sable coupe la capitale en deux. De chaque côté de ce mur lépreux, les milices s’ observent, dix ans avant Beyrouth, mais surle même mode. Quelques mois plus tard, des casques bleus s’installent sur cette ligne verte.

C’est en août 1974, que cette ligne déborde de Nicosie pour couper toute l’île de l’ouest à l’est. C’est la fameuse ligne Attila née de l’invasion de l’armée turque. Si dans la campagne, la ligne est large de plusieurs centaines de mètres, dans la capitale il s’agit de quelques mètres voire quelques dizaines de mètres. Seuls les chats et les casques bleus britanniques y ont droit de séjour. Mais depuis avril 2003, trois petits points de passage ont été ouverts. Premiers craquements dans le dernier mur de la honte européen.

Christophe Chiclet