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3 questions à : Evagoras Mavrommatis

juillet 2004, par Geneviève Monloubou

Vice-président de la Coordination mondiale pour la cause chypriote, président de la section Europe de cette Coordination. Ancien président de la Communauté chypriote de France.

LDC : Pourquoi les Chypriotes grecs ont voté non à 75% au référendum sur la réunification, le 24 avril dernier ?

E.V. : Pour des questions de sécurité. Dans le plan de l’ONU sur la réunification, l’armée turque a le droit de rester dans l’île jusqu’en 2018. Elle a même le droit d’intervenir de façon unilatérale dans la zone sud. Par ailleurs, la majorité des 110.000 colons turcs importés à Chypre nord ont le droit de rester. L’acquis communautaire sur les libertés de mouvement n’est pas appliqué et tous les réfugiés chypriotes grecs n’ont pas le droit de rentrer chez eux. Leur retour doit s’effectuer sur dix huit ans. Ils n’ont même pas le droit de racheter leurs propres propriétés dont ils ont été expulsés durant l’été 1974.

LDC : Pourquoi les Chypriotes turcs ont voté oui ?

E.V. : Ils ont voté à 65% oui. J’attendais plus de oui, car pour eux, le oui c’est un vote contre l’armée turque, contre les colons et contre leur propre oppression. A noter qu’après le référendum, les Chypriotes turcs ont manifesté. Ils ont manifesté contre leur président Rauf Denktash, pas contre les Chypriotes grecs.

LDC : Quels sont les risques futurs après le vote négatif des Chypriotes grecs au plan de l’ONU, dit plan Annan ?

E.V. : On a craint une reconnaissance de la pseudo « République turque du nord de Chypre » au lendemain du référendum par les instances internationales. Pour l’instant cela semble évité. Mais, il demeure que l’Union européenne est partagée. Certains parmi les 25 sont pour cette reconnaissance, comme le Royaume Uni, l’ancienne puissance colonisatrice. Tout dépend des relations entre la Turquie et l’U.E. Si la Turquie n’obtient pas à la fin de l’année une date précise sur ses négociations d’adhésion, elle risque de se durcir, en particulier sur le problème de Chypre. Il risque aussi d’avoir un nouvel afflux de colons d’Anatolie et des départs vers l’Angleterre et l’Allemagne de Chypriotes turcs, pour changer l’équilibre politique et démographique de l’île.

Propos recueillis par Christophe Chiclet