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Hommage à Elias Pétropoulos (1928 - 2003)

juillet 2004, par Geneviève Monloubou

Ecrivain, poète, ethnologue, anthropologue, Elias Pétropoulos était un personnage atypique dans le monde des lettres helléniques. Il s’est toujours intéressé à une Grèce inconnue des tours opérateurs.
Né le 26 juin 1928 à Athènes, il s’installe à Salonique à l’âge de cinq ans. A quatorze ans, il entre dans la résistance. A la libération il commence par travailler à la mairie de Salonique. Puis il s’oriente vers le journaliste à « Makedonia », puis à Mesimvrini. Comme dans ses livres, il y aborde la politique à travers la société et plus particulièrement ses marges, ce que son ami Jacques Lacarrière appelle « la Grèce de l’ombre ».
Le 21 avril 1967, les Colonels prennent le pouvoir. Libertaire et libre penseur, il est trois fois condamné par leur justice, faisant plusieurs passages en prison. La première fois, il est emprisonné pour ne pas avoir présenté à la censure sa monumentale « Anthologie rébétique » qui regroupe plus de 1.500 chansons.
Lors de sa deuxième incarcération, il écrit en prison un dictionnaire du langage des homosexuels grecs. Pour avoir publié dans le magazine littéraire de Salonique « Tram » : « J’oublierais même ma patrie devant une belle femme nue », il prend sept mois supplémentaire et lui vaut le « titre » de pornocrate.
En sortant de prison en janvier 1974, il ne pense qu’à quitter ce pays qui étouffe sa créativité et sa liberté. Il débarque en France le 7 juillet 1975. Arrivé à Paris, Elias Pétropoulos écrit son « Manuel du bon voleur » qui lui vaut une condamnation à onze mois de prison dans une Grèce pourtant redevenue démocratique. Il publie aussi une traduction très libre de l’Apocalypse selon Saint Jean où il dénonce la dictature et l’église orthodoxe, et édite : « Pourquoi je ne rentrerai jamais en Grèce ».
Ecrivain et ethnologue des marges, il publie plus de 80 ouvrages : recueils de poésie, albums illustrés, dictionnaires, lexiques et plus de 1000 articles. Parmi les plus connus : « Le bordel », « Le Saint Haschich », « Histoire de la capote », « La boue et le gourdin », « L’album turc », « Les cages à oiseaux », « Le kiosque grec ».
Décédé à Paris le 3 septembre 2003, ses cendres ont été dispersées dans les égouts de Paris, suivant ses dernières volontés.

Christophe Chiclet


Ouvrages traduits :
« Le corps », ed. Le Griot, Paris, 1991.
« Songs of the greek underworld. The Rebetika tradition », Saqi book, Londres, 2000.