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Clément Lépidis, l’Arménien, éd. Desmos, 246 pages, 18 €

samedi 29 septembre 2007, par Geneviève Monloubou

Ce très beau roman a été publié au Seuil en 1973. Dans la période troublée que nous traversons, il est indispensable de saluer à nouveau cette oeuvre d’où se dégage le portrait toujours d’actualité des déracinés. L’histoire a pour cadre principal le quartier Belleville où les minuscules ateliers de chaussures tenus par des Arméniens ou des Grecs étaient installés au fond des cours, dans des greniers ou des chambres d’hôtel. Lépidis était aussi « dans la chaussure », rue Piat, avant de se tourner vers l’écriture à partir de 1964. Le héros du livre est un émigré arménien ? Aram Tokatlérian, fraîchement arrivé d’Istanbul chez Milonas, un Grec, dont la fabrique est prospère. Milonas, comme tous les émigrés, souffre de l’exil. Pour se donner du courage et se sentir à sa place dans notre pays, il vante sans cesse la France et en décrit avec emphase les régions et les monuments sans les avoir jamais visités en « scrutant » des cartes postales accumulées dans un tiroir. Hélas, déjà en 1973, le Belleville joyeux, grouillant d’apprentis et d’ouvriers, de marchands de ferraille et de chiffons, de cieuses de mouron, de réparateurs de porcelaine avait disparu, les ateliers de chaussures aussi, les immeubles avaient presque tout dévoré. Clément Lépidis qui aimait ce Paris populaire finit par quitter la rue Piat. Il y avait connu des hommes et des femmes que le destin n’avait pas épargnés, il fait référence aux Juifs et retrace aussi au fil des pages une « histoire » de la France. Il cite par ailleurs « la petite Edith », Fréhel, Trénet, d’autres artistes. Autodidacte, il était curieux et cultivé. Il travaillait beaucoup à l’abri dans son « cocon de solitude ». Il aimait la France, terre d’accueil et de liberté parfois idéalisée. Mais de Belleville, même si le rêve se fissurait, « on pouvait croire au bonheur ».

Clément Lépidis, né en 1920, est décédé en 1997 (dix ans déjà) mais il reste L’Arménien, Les oliviers de Macédoine, Les émigrés du soleil etc... Son père était un grec d’Asie Mineure.

Josette Doron